Enseigner le respect des figures d’autorité dès l’enfance
- Eva Portelance

- 31 mars
- 4 min de lecture
Quand on entend le mot; « autorité », certains d’entre nous grincent des dents. Le côté rebelle en nous peut surgir et on peut tomber dans nos défensives en se disant : « Hey, je suis un adulte maintenant, personne ne va me dire quoi faire! »
Pourtant, on est encore soumis à un système ou chacun d’entre nous se doit de respecter le cadre de notre société pour un mieux-vivre ensemble, pour la justice, l’égalité, le respect de nos droits, etc.
Tous et chacun, à l’âge adulte, même les travailleurs autonomes, sommes en contact avec des figures d’autorité. Les patrons, mais aussi les médecins, les policiers, les pompiers, les ambulanciers, tout le personnel de la santé, thérapeutes, psychologues, enseignants, sont tous des figures d’autorité.
Notre respect envers nos figures d’autorité aujourd’hui est en lien direct avec le lien que nous avons vécu avec nos parents étant jeunes ou peut-être des figures d’autorité qui ont pu prendre du pouvoir sur nous. C’est de là que vient notre relation saine ou frustrée ou blessée envers nos figures d’autorité aujourd’hui. C’est nos parents les premières figures d’autorité de notre vie. S’ils nous ont appris à les respecter, à respecter le cadre (règles à la maison, sécurité, responsabilités, transmission des valeurs, etc), normalement, nous avons eu un lien sain et respectueux avec nos professeurs d’école tout au long de notre parcours scolaire.
Je reviens tout juste d’animer des ateliers de sensibilisation à la santé mentale dans les écoles, dans des classes de 5e et 6 e année, en utilisant comme outil l’intervention par la nature et l’aventure.
L’objectif de ces ateliers est d’enseigner aux enfants l’importance de prendre soin de sa santé physique et mentale en allant jouer dehors.
On fait des activités en classe et ensuite, on s’en va dehors deux heures dans le parc le plus près de l’école. Petite parenthèse, les élèves ont vraiment besoin de bouger et dépenser leur énergie en plein air! Les professeurs en témoignent, les élèves aussi!Enfin, ce qui me marque entre autres de ces échanges avec les élèves, mais surtout avec les professeurs, c’est d’entendre combien de plus en plus le respect envers ces derniers est souvent inexistant. Certains professeurs se font contredire irrespectueusement, insulter et même frapper.
Une professeure avec 15 ans d’ancienneté me témoigne son découragement et sa perte d’espoir en ce moment. Elle est fatiguée de se faire envoyer promener par certains élèves, tous les jours. Même si elle me dit qu’elle connaît sa valeur, qu’elle a confiance en elle, qu’elle départage ce qui appartient aux élèves, mais ça l’affecte tout de même.
Il y a peu de conséquences pour ces élèves irrespectueux du cadre et des figures d’autorité. Peu de leviers pour faire changer leurs comportements. Elle a fait des sondages auprès de ces élèves concernant le temps d’écran à la maison et la moitié des élèves affirment qu’ils passent plus de deux heures par soir avant de dormir sur les réseaux sociaux.
Ça affecte leur sommeil bien sûr, leurs estime d’eux même et dépendant de ce qu’ils regardent, leur respect envers autrui.
Tous ces facteurs nuisent au respect de l’autorité et affectent leur concentration et leur capacité d’apprentissage en classe.
Elle revient à qui la responsabilité? Oui, aux parents. Pour l’encadrement du temps d’écran.
Pour l’influence consciente qu’ils ont sur leurs enfants face au respect de leurs professeurs.
C’est un travail d’équipe. Il manque beaucoup de parents sur le banc des joueurs. Les professeurs ont besoin de plus de collaboration.
Si on veut que les humains de demain soit respectueux des autres, responsables d’eux-mêmes, de leur environnement, prêts à faire changer les injustices, on a besoin des parents dans la game.
Nos professeurs en portent trop sur leurs dos. Dans une game, il y a un échange de la rondelle d’une équipe à l’autre. On score des buts, parfois les parents, parfois les enseignants.
Le nom de la game c’est : Éduquer nos enfants.
On a besoin de deux équipes.
Comment on fait pour rétablir notre lien à l’autorité quand on est adulte? Ça se travaille en thérapie et ça fait vraiment toute une différence dans nos vie. Avec un(e) thérapeute, on apprend à vivre une relation authentique et bienveillante avec la figure d’autorité qu’est notre thérapeute en relation d’aide.
Il n’y a pas de rôle de pouvoir, c’est une relation basée sur la communication authentique. On arrive à reconstruire un lien sain avec l’autorité. Quand ça se passe, on devient un parent mieux outillé qui n’impose pas, mais qui inspire le respect à nos enfants. Ça se transmet à l’école.
Quand j’étais adolescente, j’étais rebelle. J’ai eu ma passe de rejeter ma mère, figure d’autorité pourtant bienveillante avec moi. Mon père, rebelle encore aujourd’hui, était ben « plus cool ». Alors, je remettais en question le cadre de la société en général. J’expérimentais l’interdit. Je rêvais d’un monde utopique ou on pouvait être « libre », faire ce qu’on voulait.
C’est en thérapie que j’ai appris, vécu, que la liberté vient avec un cadre. La notion de directivité dans le contenant et de non directivité dans le contenu dans l’Approche Non Directive Créatrice (ANDC) est au cœur de la formation des TRA, thérapeutes en relation d’aide MD.
« Le contenant, c’est le verre, la bouteille ou la boîte. C’est la cadre, la structure, ce qui permet au contenant de prendre forme. » Colette Portelance. Autrement dit, le cadre permet à une personne de se structuré, d’être sécurisé, de se réalisé. Elle pourra donc être libre dans le contenu, dans ce qu’elle est comme personne.
Apprendre à se connaître, à s’occuper de nos zones sensibles, à expérimenter la relation authentique pour ensuite apprendre à nommer ses besoins et ses limites sont des éléments-clefs pour transmettre et inspirer le respect.
C’est ce que je souhaite vous offrir de tout mon cœur.



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